vendredi 12 mai 2017

Doit-dire résidence ou maison ?

Beaucoup de journalistes québécois ne connaissent pas la différence entre une résidence et une maison. On l'a encore constaté récemment lors des inondations qui ont frappé la province. Voici un exemple de ce qu'on pouvait lire ou entendre :

« La rivière des Prairies est sortie de son lit, mercredi matin, inondant plusieurs rues et résidences de Pierrefonds et de L’Île-Bizard dans le nord-ouest de Montréal. » (Metro, 3 mai 2017).

Cet emploi du mot résidence ressemble fort à son emploi en anglais, comme le montre l'exemple suivant :

« Montreal flood watch: Residence evacuated, dikes leaking, hoping for army help. » (Montreal Gazette, 7 mai 2017).

Les emplois de residence en anglais et de résidence en français ne se recouvrent pas totalement.

En anglais, « a residence is an establishment where it was originally or currently being used by a host as their main place of dwelling or home. Architecturally, a residence is typically a house, mansion, cottage or grand castles and palaces. Residence may more specifically refer to: House, a home, building, or structure that functions as a habitat for humans or other creatures. » (Wikipedia).

En français, une résidence est un « lieu construit, généralement luxueux, où l'on réside. »

Les deux termes se rejoignent pour désigner : 1) le lieu où l'on réside habituellement (terme juridique, comme domicile), 2) une construction luxueuse (la résidence d'un roi).

Dans le contexte décrivant la situation dans les quartiers pavillonnaires de Montréal, le terme résidence ne convient pas. C'est soit un anglicisme de sens, soit un faux sens (interprétation erronée du sens d'un mot), une impropriété. C'est le mot maison qu'on attend.

Mots clés : français québécois; anglicisme; anglicisme de sens; résidence; maison.


mardi 25 avril 2017

Comment traduire « Fake News » ?

L'anglicisme « Fake News » se traduit couramment par « Fausse information », « Fausse Info » ou « Info Bidon » (familier).

mercredi 19 avril 2017

Doit-on dire « Préparez-vous à arrêter » ou « Soyez prêt à vous arrêter » ou autre chose encore ?


Au Québec, on voit sur les routes des panneaux avec l'inscription « Préparez-vous à arrêter ». On les trouve généralement comme signalisation avancée d'un feu de circulation ou d'un passage à niveau sans barrière. En fait cette formulation est critiquable à double titre.

Tout d'abord c'est un calque de l'anglais « Be prepared to stop ». Entre « se préparer à » et « être prêt à », il y a une nuance importante. « Se préparer à » semble indiquer qu'on doit s'arrêter à chaque fois qu'on passe par là; « être prêt à », seulement le cas échéant (lorsque le feu est rouge ou lors du passage d'un train). Ensuite l'emploi absolu du verbe « arrêter » n'est pas de la meilleure langue.

Une traduction plus idiomatique serait quelque chose comme « Soyez prêt à vous arrêter » ou, mieux encore, « Attention, feux de signalisation », « Attention, passage à niveau non protégé ».

Mots-clés : français au Québec; signalisation routière; traduction anglais-français; calque; emploi absolu du verbe arrêter.

mercredi 22 mars 2017

Doit-on dire « officier de police » ou « agent de police »?


Dans les médias francophones, on observe souvent un emploi fautif du syntagme « officier de police », particulièrement lorsqu'il s'agit de rendre compte d'un événement ayant eu lieu dans un pays anglophone. Dans ce cas, « officier de police » est le calque de l'anglais « police officer ». Or, les deux termes ne désignent pas, dans les deux langues, la même chose.
 
« "Pour la vaste [sic] majorité des gens, il est incompréhensible qu'un garçon de 18 ans ait prévu de tuer un officier de police, de le renverser avec une voiture puis de le décapiter avec un couteau", a dit la Cour, qualifiant le projet de "putride". » (AFP Infos mondiales, 5 septembre 2015).

En anglais, « police officer » désigne simplement  « a member of a police force ». Le mot est synonyme de policeman, police agent, police employee. Il convient donc de le traduire, selon le contexte, par policier, agent de police ou fonctionnaire de police.

En effet, en français, « officier de police » désigne un gradé de la police, membre du corps de commandement, à savoir un lieutenant, un capitaine ou un commandant de police.

Voici comment aurait dû être rédigée cette dépêche de l'AFP : 

« "Pour l'immense majorité des gens, il est incompréhensible qu'un garçon de 18 ans ait prévu de tuer un policier, de le renverser avec une voiture puis de le décapiter avec un couteau" », a dit la Cour, qualifiant le projet de "putride". » (AFP Infos mondiales, 5 septembre 2015).

Mots-clés : traduction anglais-français; anglicisme; calque; AFP; police officer; officier de police; policier; agent de police; fonctionnaire de police.

mercredi 15 mars 2017

Comment traduire « accountability » ?


Le terme anglais accountability représente une véritable difficulté de traduction en français. Le sens général de ce mot est le « fait de devoir rendre compte » (de ses actes, de sa gestion, etc.), l'« obligation de rendre des comptes », l'« obligation d'être comptable de ses actes ». Cette obligation s'applique au personnel politique, aux fonctionnaires, aux administrations, aux sociétés et aux entreprises.


Malheureusement l'équivalent français potentiel direct, « comptabilité », ne peut pas faire l'affaire, ce mot étant limité au domaine technique de la tenue de comptes… On peut « être comptable » (de ses actes), mais le fait d'être comptable ne peut pas s'appeler la « comptabilité » (de ses actes)…



Un rapide sondage dans la presse européenne francophone donne cependant quelques pistes de solution. Disons d'abord que le terme anglais est souvent employé tel quel. Cependant il existe des équivalents français. Équivalents plus ou moins satisfaisants. À côté d'« obligation de rendre compte », on relève aussi « responsabilité », « responsabilisation », « autoresponsabilité » (des entreprises), « reddition de comptes » et « redevabilité ».



« En France, nous n'avons pas une tradition d'évaluation de nos politiques publiques. […] Globalement, notre personnel politique n'a pas la culture de la reddition de comptes. » (Mediapart, 30 septembre 2016).



« Je rappelle que la "redevabilité", "accountability" en anglais, qui est le fait de rendre compte aux électeurs, a valeur constitutionnelle. L'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dit bien que "la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration". » (Le Courrier des maires et des élus locaux, 16 février 2016).



Je renvoie aussi à mon billet du 9 décembre 2012 :




Mots-clés : traduction; accountability; obligation de rendre compte; reddition de comptes; redevabilité; responsabilité; responsabilisation; autoresponsabilité.

mardi 14 mars 2017

Doit-on écrire « looser » ou « loser » ?


Les Français maîtrisent mal l'anglais, c'est bien connu. On voit souvent dans les articles de journaux le mot looser orthographié avec deux « o » au lieu de loser avec un seul « o » pour désigner un perdant.

« Avec son physique massif d'ex-footballeur, le trentenaire déroule un stand up efficace dans lequel il endosse avec un certain brio l'habit du joyeux looser. » (Le Parisien, 13 mars 2017).

C'est une faute grossière qui peut s'expliquer par le fait que beaucoup de gens à l'anglais incertain associent systématiquement le son « ou » en anglais au digraphe « oo » comme dans too.

Le comble, c'est que le Nouveau Petit Robert entérine ce barbarisme sans piper mot. En effet, dans ce dictionnaire, on peut lire : « loser n. m. variante looser » ! Il y aurait d'ailleurs beaucoup de critiques à faire sur le traitement des anglicismes dans ce dictionnaire.

Ceux qui utilisent la forme fautive « looser » ne se rendent pas compte qu'en plus de dévoiler leur ignorance de la langue anglaise, ils utilisent involontairement un mot qui a un tout autre sens...

Pour voir ce qu'en pensent les anglophones, cliquez sur ce lien : 


Extrait de ce dictionnnaire :


A looser is a loser who can't spell "loser".

Moron : "Hey man, you are teh looser!"

Guy : "It's spelled 'loser' you uneducated bastard."

Mots-clés : langue française; anglicisme; orthographe; looser; loser; Nouveau Petit Robert.